
Le Tarn-et-Garonne ne fait pas partie des grandes destinations de l'ufologie mondiale, loin des plaines du Nouveau-Mexique ou du Nevada. Et pourtant, le département a lui aussi ses mystères. Dans les archives du GEIPAN, le Groupe d'études et d'informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés rattaché au CNES, figurent plusieurs témoignages recueillis en Tarn-et-Garonne. Deux d'entre eux se distinguent par leur caractère particulièrement troublant : à ce jour, aucune explication rationnelle n'a permis de les classer définitivement.
Tout commence le 6 octobre 2010, vers 20h17. Deux témoins affirment avoir vu, au-dessus de la centrale nucléaire de Golfech, un objet en forme de triangle noir, doté de lumières clignotantes à chacune de ses extrémités et d'un point lumineux rouge en son centre. L'appareil vole à basse altitude, sans émettre le moindre bruit, avant de s'éloigner en direction de Saint-Loup. La scène est même filmée par l'un des témoins.
Le site est pourtant classé comme zone de survol interdit, en particulier pour les drones et les activités de loisir aérien, ce qui rend l'incident d'autant plus intrigant.
Les enquêteurs du GEIPAN se penchent rapidement sur l'affaire et envisagent d'abord la piste d'un simple aéronef. Mais l'enquête se complique : les deux témoins ne s'accordent pas sur la nature du phénomène observé, l'un étant convaincu qu'il s'agit d'un OVNI quand l'autre reste sceptique face aux gendarmes. Quant à la vidéo, elle se révèle décevante puisqu'elle ne montre en réalité que des lampadaires.
Malgré ces zones d'ombre, la piste d'un avion ou d'un hélicoptère est écartée : aucun radar n'a détecté d'appareil correspondant ce soir-là. Les investigations confirment tout de même qu'un objet triangulaire similaire à la description a bien survolé le site. Résultat : les experts du GEIPAN eux-mêmes se divisent. Une minorité de quatre enquêteurs juge le phénomène réellement inexpliqué, tandis que huit autres estiment que le dossier manque simplement de preuves suffisantes pour trancher.
Le second cas est bien plus ancien. Il remonte au 6 octobre 1980, vers 6 heures du matin. Une automobiliste circulant à Montauban aperçoit un objet lumineux, brillant comme un tube néon, volant à basse altitude avec une silhouette qui évoque d'abord une fusée. L'objet marque un arrêt puis repart à la verticale, révélant alors une forme différente, plus proche d'une assiette renversée. Il finit par disparaître dans l'obscurité, toujours sans bruit.
Le témoignage reste cependant assez imprécis, et personne d'autre ne s'est manifesté pour le corroborer. Selon la conductrice, l'objet évoluait en arc de cercle à une cinquantaine de mètres de son véhicule. Les gendarmes dépêchés sur place se montrent eux-mêmes perplexes, sans parvenir à avancer une explication logique. Quarante ans plus tard, l'affaire reste toujours aussi mystérieuse.
Contrairement à ce que son sujet pourrait laisser penser, le GEIPAN n'a rien d'une officine à la recherche de preuves d'une vie extraterrestre. Créé en 1977, cet organisme unique au monde a pour mission de recueillir et d'analyser les témoignages de personnes ayant observé des phénomènes aériens qu'elles jugent inexpliqués. Chaque signalement suit un protocole rigoureux, avec parfois le déplacement d'enquêteurs sur le terrain, avant d'être classé selon quatre catégories : phénomène identifié, probablement identifié, non identifiable par manque de données, ou non identifié malgré une enquête complète.
Toutes les archives sont consultables gratuitement sur le site officiel du GEIPAN. Sur l'ensemble des cas recensés, seuls 3,1 % restent véritablement inexpliqués à l'issue de l'enquête — une rareté qui donne tout leur poids aux deux dossiers tarn-et-garonnais évoqués ici.
Que ce soit le triangle silencieux de Golfech ou l'étrange assiette de Montauban, ces deux témoignages illustrent bien le travail du GEIPAN : ni sensationnalisme, ni certitude hâtive, mais une enquête méthodique qui, parfois, ne débouche sur aucune conclusion définitive. De quoi nourrir, quarante ou quinze ans après les faits, l'imagination de tous ceux qui lèvent les yeux vers le ciel du Tarn-et-Garonne.